Plongée à Madagascar

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Madagascar

Escales dans les îles Sakalaves

Madagascar Royaume sauvage des Radames
Plonger le long du canal du Mozambique Le Piton enchanté de Greg Wall
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source : Plongee On Line - Texte et photos © Laetitia Scuiller

Une aire de croisière exclusive

Oceane’s Dream dresse ses voiles et met le cap vers la baie des Russes, laissant l’agitation d’Ambatoloaka dans son sillage… Deux heures de navigation plus tard et 13 miles nautiques (24km) plus au sud, nous pénétrons dans la baie des Russes. La fameuse rade ceinturée de mangroves et de collines luxuriantes sera notre premier mouillage. Rendez-vous incontournable des navigateurs, la baie est surnommée ainsi depuis le passage vers 1904 de la flotte du tsar qui s’y attarda pendant de longs mois avant de se faire ravitailler en charbon… Nasdarovié ! (à la vôtre en russe !) Alors qu’un magnifique coucher de soleil embrase toute la péninsule, nous trinquons à  la santé du tsar avec un punch coco local pour ce début de croisière prometteur. Pour notre premier repas, René, notre cordon bleu de bord, nous a concocté des darnes de thon tout juste pêché par les marins, accompagné de l’excellent riz local, le tout arrosé d’une délicieuse sauce vanille poivre, de Nosy Be bien sûr…

Chaque journée de croisière est rythmée par trois repas, deux plongées et quelques heures de navigation pour rejoindre le mouillage du soir dans une baie paradisiaque… À bord, les activités varient entre se laisser bercer par le clapotis de l’eau, scruter l’horizon pour repérer le souffle des baleines à bosse de passage ou vérifier si un thon ou un thazard ne mord pas à l’hameçon… Un vrai voyage de Robinson de luxe autour d’îles du bout du monde où, hormis un ou deux bateaux de charter et quelques pirogues traditionnelles, nous ne croiserons aucune autre embarcation ni aucun cargo à l’horizon.

Sur l'horizon se profilent, entre mer indigo et ciel céruléen, les voiles blanches des pirogues, qui sont souvent l'unique lien avec les hameaux reculés. En arrière-plan, le paysage des montagnes et plaines de la Grande Terre.

« Les îles du sud offrent un plan d’eau idéal pour les croisières » me confie Black, qui connaît tous les secrets des vents et marées des Radames. « Et pour les plongées ! » renchérit Malik, moniteur et skipper pour Oceane’s Dream depuis 2 ans. « L’archipel dispose d'un micro climat et se trouve à l'abri des alizés. La mer est donc généralement très calme avec peu de courant et sa température moyenne est très proche de celle de l'air, entre 26° C et 28°C » explique le moniteur qui s'est laissé séduire par la beauté des lieux et la diversité des sites de plongées. « Une légère brise se lève souvent en fin d'après-midi, c'est pour cela que nous organisons les plongées le matin et en début d’après-midi. »

Passionné par la cuisine, René passe tout son temps aux fourneaux pour nous concocter des plats très variés, mêlant subtilement le poisson frais du jour aux spécialités, épices et légumes locaux en passant par les plats traditionnels occidentaux.

La magie des rencontres océaniques

Pendant la navigation entre deux plongées, les passagers en profitent pour se prélasser au soleil et désaturer sur des airs rythmés de salegy, musique malgache locale qui semble inspirer notre cuisinier. Malgré notre état de somnolence, nous restons néanmoins aux aguets car sur l'océan le spectacle peut commencer à tout moment... Durant notre croisière, de petits groupes de dauphins (stenella longirostris) viendront ainsi fréquemment nous saluer. Tour à tour, ils exécutent des sauts et jouent dans l’étrave du bateau. Perchés sur notre poste d'observation sur les filets à l'avant du catamaran, nous pouvons les admirer à loisir. Parfois, l'attraction est encore plus inattendue. Nordine, le marin, pointe du doigt une grosse boule noire mouvante à cheval sur la ligne d’horizon. Black vire aussitôt de bord et met le cap sur cette drôle de masse vibrante… Des nuées d’oiseaux affleurent à la surface de la mer qui crépite, et plongent avec frénésie sur les bancs de poissons frétillants que de son côté, Nordine tente également d'appâter… « La plupart du temps, ce sont des bancs  de petites sardines ou d’alevins » explique Malik, « les chasses sont un excellent moyen pour repérer les gros prédateurs comme les requins, thons, carangues et les pacifiques requins baleines. » L’équipage en croise régulièrement pendant la croisière. « Le requin nage paresseusement près de la surface, la gueule largement ouverte pour absorber les petites proies en suspension dans l'eau. »

À peine 15 minutes plus tard, nous observons un souffle s’élevant à plus de 4 m en l’air... À défaut de requin baleine, nous sommes en présence d'une magnifique baleine à bosse, du nom scientifique megaptera novaeangliae qui veut dire « grande aile ». Aucun autre cétacé ne possède d’aussi grandes nageoires pectorales. Avec une taille comprise entre 12 et 19 m de long et un poids variant de 25 à 50 tonnes, c'est l’un des plus impressionnants mammifères marins. Malgré son aspect massif, la baleine à bosse encore appelée jubarte, effectue de très belles acrobaties et saute souvent hors de l’eau pour se débarrasser des parasites. Infatigable, elle parcourt d’énormes distances lors de ses migrations depuis l'Antarctique où elle fait ses réserves, ingurgitant d’énormes quantités de krill (petites crevettes) et de petits poissons (plus de 2 tonnes par jour). En automne, elle rejoint les régions tropicales où ont lieu les ébats nuptiaux et les mises bas des baleineaux. Nous sommes en plein milieu de la saison et nous aurons l'occasion de croiser plusieurs individus sur notre chemin. Celle-ci est accompagnée d'un baleineau d'environ 5 mètres, qui fera le double au bout d’un an ! Pour l'heure, notre cétacé à fanon dresse bien haut sa queue d’une envergure de 4 mètres avant de sonder dans le bleu.

" L’adulte peut rester jusqu'à 40 minutes sous l’eau " nous explique notre capitaine Black qui a l'habitude de les observer. " Par contre, le baleineau doit remonter toutes les 5 minutes pour respirer. On va donc pouvoir les suivre un moment et se mettre à l'eau si vous le souhaitez, mais en faisant bien attention de ne pas les déranger. " Mon masque ! Et mes palmes, où ai-je mis mes palmes ?! " Une euphorie indescriptible nous gagne pour cette grande première... Du bleu rien que du bleu devant nous, nous nageons dans la direction indiquée par Black sans vraiment savoir où nous sommes. Le catamaran garde ses distances de façon à ne pas effrayer les mammifères. Alors que nous évoluons en pleine mer, j'aperçois soudain trois formes noires à -20 mètres au-dessous de nous. Il s'agit de belles raies mobula qui avancent vers nous en vol synchronisé... Enfin, devant moi surgit la forme tant espérée qui s'agrandit et devient de plus en plus nette. La baleine est immobile et nous laisse l'approcher elle et son baleineau. Les sillons de sa gorge blanche sont bien visibles et sa tête est constellée de protubérances. Son oeil nous scanne comme pour détecter le moindre danger. C'est un moment d'émotion bouleversant... L'impression d'être en présence d'un grand sage de l'univers nous envahit et on éprouve un immense respect pour ces magnifiques léviathans marins que les hommes ont amené au bord de l’extinction dès la première moitié du 20e siècle. Depuis, l’espèce est protégée et aujourd'hui on estime sa population mondiale à quelques milliers d'individus.

L'authenticité des escales Sakalaves


Montagneux ou coralliens, les îlots des Radames sont toujours ourlés de plages édéniques…

La première île, de l’archipel des Radama, est Nosy Kalakarojo située à 50 miles au Sud de Nosy Be. A l’approche de cette petite île, on pourrait croire à l’existence du paradis sur terre, l’eau y est d’une transparence étonnante et une fois débarqué les pieds s’enfoncent confortablement dans un sable poudreux à la blancheur éclatante, le décor est brut, sauvage et naturel.

Nosy Antany Mora

L’île d’Antany Mora est située à 10 miles au Sud de Nosy Kalakarojo. Abordée par le Nord, elle présente de nombreux îlots rocheux et de longues plages en formes de croissants dorés. Nous passons la nuit sur un mouillage au Nord de l'île où vit un campement de pêcheurs. Après deux jours passés à palmer et à naviguer, il nous tarde de faire quelques foulées sur le sable. Les pirogues des pêcheurs sont tirées au sec, voiles rabantées sur les antennes, et les prises de la pêche sont exposées au soleil sur des séchoirs de bois plantés dans le sable. Les hommes coupent du bois ou éviscèrent les prises du jour, un requin gris de récif et un thazard tandis que les femmes pilent le manioc et le riz ou s'occupent des enfants.

Je croise un vieil homme, Joseph, qui ramasse des morceaux de corail pour plomber ses filets. C'est le seul de la famille à parler français, héritage linguistique de l'époque coloniale. Il m'accompagne le long de la plage, le temps d'échanger quelques mots sur leur vie de nomade. Les pirogues échouées sur la plage sont les seuls biens de cette famille qui faute de logement fixe, migrent d'île en île selon les saisons en quête d'un endroit abrité et favorable pour la pêche.


Pour trouver des concombres de mer, les pêcheurs sont obligés de sonder les fonds à partir de 30 mètres alors qu'ils les ramassaient jadis dans 5 mètres d'eau. En plus d'être illégale, cette pêche est dangereuse car pour aller plus vite, les plongeurs, souvent équipés de matériel vétuste, ne respectent pas toujours les paliers.

De nombreux pêcheurs du nord ouest se sont convertis à la pêche aux concombres de mer, une denrée très prisée par les chinois qui l'achètent à prix d'or. Après de multiples accidents de plongée et des centaines de m2 de sable ratissées, la pêche est enfin interdite. Les hommes de cette famille nomade se concentrent donc à nouveau sur la pêche aux requins, thons, bonites et thazards qu'ils revendent à des intermédiaires qui achemineront le poisson vers Grande Terre ou vers Nosy Be. Un petit hôtel est en construction à quelques mètres de là pour accueillir les amateurs de pêche au gros... Peut-être une opportunité de travail. Les temps sont durs et la crainte des cyclones revient à chaque fin d'année...

Sa confiance acquise, Joseph me présente sa famille non sans fierté. Ils sont une quinzaine à vivre dans trois quatre cabanes en bois construites au pied d'une petite dune de sable à 50 mètres de la mer. Des pans de tissus colorés flottent dans le vent chaud des alizés, qui prend toutes sortes de formes étranges dans la fumée d'une marmite bouillante. Pleurs d'enfants nus apeurés par cette étrangère aux drôles de cheveux, rires timides d'une adolescente, regards furtifs des jeunes hommes amusés... Une ambiance bon enfant et chaleureuse d'une famille unie et démunie... qui n'a rien mais qui vit malgré tout avec les siens en harmonie dans ce cadre naturel extraordinaire des Radames...

Qu'ils vivent dans les hautes terres ou dans les îles, les malgaches sont tous fidèles au culte des ancêtres ou "Razana"... Pour eux, les défunts sont porteurs de pouvoir et sont défenseurs de la vie sur terre, matérielle autant que spirituelle. Chaque ancêtre garde son individualité et ses attaches familiales. Son pouvoir est révélé à travers des "ordres sacrés" qui dictent l'organisation politique, culturelle, médicale de la famille ou de la communauté. Ainsi, les malgaches respectent de nombreux "fady" (tabou), dans leur vie quotidienne. À chaque grande occasion marquant la vie (construction d'une maison ou d'une pirogue, d'un mariage, etc) "Razana" sera consulté, invoqué. Des animaux (poulets, zébus) ou des aliments (rhum, miel, etc.) seront alors offerts en sacrifice ou en libations. Par exemple, l'inauguration d'un vol inaugural d'un Boeing 747 de la compagnie nationale Air Madagascar peut donner lieu à un sacrifice de zébus...

Nosy Iranja

Véritable carte postale grandeur nature, Nosy Iranja, qui pourrait être traduit par l’île aux tortues, est située à 27 miles au Sud de Nosy Be. Elle est composée de deux îles, reliées entre elles, par une mince et longue frange de sable blanc qui se révèle à chaque marée basse.
Iranja Kely, la petite île, d’une surface de 13 hectares, accueille un hôtel
international tandis que sa voisine d'en face Nosy Iranja, est plus authentique.

La rivière Baramahamay

Le village de Maroariva est niché dans l'embouchure luxuriante de la rivière Baramahamay. Le chantier de construction de boutres assure un revenu à ses habitants qui vendent également du miel sauvage et des crabes de palétuviers.

Après une journée intense de plongée et de navigation, les croisiéristes apprécient l'accueil chaleureux des habitants de Maroariva et notamment l'apéro de rigueur au bar "Chez Josiane et Théophile" pour goûter au fameux rhum arrangé au miel.